MEURTRE EN SAINTONGE
ou l'impossible descendance
(Extrait)

(EXTRAIT)
La cueillette des champignons était toujours, pour lui, un moment privilégié. Il était près de la nature, il caressait leur peau délicate, il humait leur parfum. Dieu que c’était bon ! Mais, pour l’instant, que nenni ! Cette vieille expression négative lui fit penser à sa mère qui l’employait fréquemment. La pauvre, ses os ne lui faisaient plus mal depuis longtemps ! Tout cela était bien loin !
Afin d’estimer la distance qu’il lui restait encore à parcourir, Paul jeta un coup d’œil devant lui et distingua l’orée sud-est du bois. Son attention fut attirée par une tache de couleur bleue qui paraissait saugrenue dans cet univers boisé aux teintes olivâtres dominantes. C’était insolite mais il s’agissait vraisemblablement d’un sac en plastique qui s’était envolé de l’exploitation agricole voisine ! Ces nouveaux agriculteurs, qui revendiquent l’appellation de chefs d’exploitation, en prenaient bien souvent à leur aise ! Il se reprocha de devenir grincheux ; après tout, il s’agissait de ses pairs ! Mis à part « le Toulardeau », Paul défendrait toujours les gens de sa corporation. C’était sans doute cette odeur épouvantable et la pluie incessante qui influaient sur son caractère. Il écarta les dernières branches avant d’atteindre la clairière sans avoir rencontré un quelconque animal mort… mais, peut-être avait-il pu se cacher dans les fourrés ? Cette forme bizarre de l’autre côté de la clairière, comme suspendue au seul grand chêne vert haut d’une quinzaine de mètres, l’intriguait. Et toujours cette odeur nauséabonde qui l’indisposait !
Avant de bifurquer sur sa gauche pour aller dans son coin secret ramasser ses « moussirons », il décida d’aller voir « cette chose » de plus près, pour en avoir le cœur net. Ses pas foulaient l’herbe bien verte et, au fur et à mesure qu’il avançait, il fut pris d’une sorte d’angoisse inexplicable. La forme ne bougeait pas alors qu’il y avait une légère brise, ce qui excluait une bâche, un morceau de plastique ou un chiffon. Et puis, à présent il en était certain, l’odeur provenait de cet endroit et il eut subitement un pressentiment, cette vague impression qui fait prévoir ce qui va arriver.
La pluie s’était enfin arrêtée et, subitement, ses yeux horrifiés s’arrêtèrent sur une forme qui, très vite, se révéla être celle d’un homme. L’idée qu’il pouvait s’agir d’une femme ne l’avait même pas effleuré bien qu’elles s’habillent maintenant en pantalon. La morphologie peut-être de l’individu ou, tout simplement, une sorte d’intuition ?
Quoi qu’il en soit, Paul resta un instant figé sur place, la bouche ouverte, les yeux exorbités, le cœur battant à cent à l’heure. Sans qu’il en ait vraiment conscience, il recula doucement, très doucement comme pour ne pas réveiller le mort, fit volte face et se mit à courir comme un fou et ne s’aperçut même pas qu’il laissait tomber son sac. Il traversa à nouveau le bois Nair dans le sens inverse en ignorant le petit sentier. Il courait à perdre haleine et écartait machinalement les feuillus, sans prêter attention aux griffures que lui infligeaient les branches et les ronces. Son cerveau était vide. Il fallait simplement qu’il s’échappe de cet endroit, qu’il se débarrasse de cette odeur et de cette vision d’horreur.
