PARFOIS LES VAGUES
(Extrait du recueil)

"RIEN N'EST TROP"
Rien n'est trop,
Pas même le goût du sel
Ou l'odeur de la rose.
Tout est beau !
J'aime ces frais matins
Où le soleil câline
Doucement les terrasses
Et fait briller la mer
Jusque sous l'horizon.
Mon temps ne passe plus,
Je voyage de vent
Et de couleurs exquises
Entre l'eucalyptus,
Le jaune mimosa.
Enfin tout alentour
Les pins craquent et répandent
L'odeur des aiguilles.
Les sèves résineuses
Mêlent encore leurs effluves
Aux treilles des glycines.
Sous le soleil qui monte,
Le sable de la dune
S'éclaire de points en places
Jusqu'à devenir blanc.
Rien n'est trop,
Pas même la vue du ciel
Quand mon rêve voyage
Et qu'il fait toujours beau.
"SANS COLÈRE ET SANS HAINE"
Le temps a étendu, j’ose croire à dessein
La mousse de l’oubli aux bords de mes chemins
Tant la vie m’a meurtri, tant le cœur m’a saigné,
Que je peux voir ma peine encore à mes poignets.
J’ai avec les torrents, sombré dans mes rivières
Raclé tous les cailloux d’innombrables gravières
Griffé tant de brouillards dans des halos diffus,
Que j’n’sais plus mes maux, tant sur moi ils ont plu.
Dans le flou remuement de gestes qui s’effacent
S’effilochent au vent comme des ombres qui passent,
Quand mes pas de granit ne laissent plus d’empreintes
Sur d’abruptes falaises de plus en plus déteintes.
Rien ne retient plus rien, pas même l’évidence
De tendre encore la main comme une simple clémence
Pour un rêve jauni qui aurait persisté
Et devient transparent à force d’exister.
Le temps a étendu, sur mes plaies et mes peines
La mousse de l’oubli et des vengeances vaines
Jusqu’à mes horizons où enfin des lueurs
Tracent en moi sans raison, de bien curieux bonheurs.
"SANS VIRGULE, SANS ESCALE"
Mémoire de tous nos rêves
Et de tous nos espoirs
L'Histoire berce sur nous
L'enfant à inventer
Ses brûlures et sourires
Qui germent du cristal
Que le matin recueille
Sur des mousses violettes
Où l'odeur de la Terre
Chante dans les rivières
Sur les petits cailloux
Aux creux des mains d'enfants
Dans un coin de mémoire
Peuplé de ricochets
Et du goût du bonheur
Les pieds dans les luzernes
De ces matins d'été
Quand les épis de blé
Dansent avec le vent
Jusqu'au silence du soir
Où la mémoire des rêves
Et de tous nos espoirs
Passe de main en main
Comme un cadeau de noces
Qui embaume la vie
Au loin du temps qui marche.
